Kafka

Le 17 février 2007, j'étais de sortie. J'avais demandé à mes parents la voiture pour conduire des amis (Stéph, Greg, Nico, Val et les autres du groupe Anxio) à Lille pour voir un concert au café Yéti, rue Masséna. Nous devions nous retrouver à un endroit que je ne connaissais pas, devant l'ESAT, école d'arts à Roubaix. Il me fallait donc trouver cet établissement dans un lieu que je ne connaissais pas, sur une route passante, en m'aidant des quelques informations que j'avais collectées. Enfin arrivé à l'endroit indiqué, dans l'avenue des Nations Unies, je ralentis et cherche un éventuel groupe de jeunes qui correspondraient à mes futurs passagers.

Ayant de façon évidente dépassé la zone sans voir personne, je m'apprête à faire demi-tour... quand j'aperçois dans mon rétroviseur les lumières d'un gyrophare. Poliment, je me range sur ma voie en vue de laisser passer la voiture pressée. Mais lorsque je veux récupérer la voie de gauche pour effectuer mon demi-tour, une voiture de police se tient à ma hauteur sur la voie convoitée, avec trois agents à l'intérieur, dont celui de droite, un homme qui devait une trentaine d'années me fait signe de m'arrêter sur le bord de la route.
Calmement, bon d'accord : légèrement surpris, bon d'accord : complètement paniqué et ne sachant pas à quoi m'en tenir, je corrige ma trajectoire et tourne dans une rue à droite afin de m'exécuter. Le gyrophare toujours allumé, le véhicule se gare sur le trottoir derrière moi.
Le même homme sort de la voiture avec une collègue, vient me voir à la portière de la voiture, et m'ordonne d'un ton sans réplique « Bonjour, monsieur. Votre permis et les papiers du véhicule, monsieur, s'il vous plait. » Intimidé, je fouille maladroitement ma veste pour en sortir les documents demandés et les lui tendre, et je lui bafouille « J'ai fait quelque chose, monsieur l'agent ? » « Oui, monsieur, vous avez franchi un feu tricolore rouge. »

... Abasourdi, je gardai le silence, me disant que ça ne servait à rien de nier quoi que ce fût. Je ne me souvenais pas du tout d'avoir brûlé un feu rouge, mais s'ils l'affirmaient, c'est que ça devait être le cas... Voilà les agents repartis dans leur voiture avec mes papiers, leur lumière de boîte de nuit se reflétant dans toutes les fenêtres et vitrines que je voyais autour de moi ; j'étais cerné.
Je reconstituais dans ma tête les actions que j'avais effectuées, tentant désespérément mais en vain de situer mon infraction. J'ai patienté ainsi, dans la voiture, pendant vingt minutes, vingt minutes pendant lesquelles j'ai eu le temps d'envisager le pire...

« Vous êtes tributaire d'une amende de 135,00 ¤, monsieur, minoré à 90,00 ¤ si vous la payez sous trois jours ou majorée à... » Oh non ! Mais où est-ce que je vais trouver ça, moi ? Je suis étudiant et je n'ai pas de boulot ! Je n'ai que l'argent de poche que me donnent mes parents mensuellement... Je n'achète même plus de crédit pour mon portable à cause de mes restrictions financières !
« De plus, nous avons retiré quatre points sur votre permis de conduire probatoire, ce qui vous laisse deux points et reporte votre durée probatoire à trois ans à partir de maintenant, monsieur. » Quatre points ? Quatre points pour une infraction dont je ne me suis même pas rendu compte ! Moi qui suis toujours d'une grande prudence sur la route... Je suis effaré à chaque infraction commise par les autres conducteurs, quand moi je mets mon clignotant même s'il n'y a personne et quand je vérifie mes angles morts même si je sais que je suis seul. Oui, il a fallu que ça tombe sur moi, et qu'ils me fassent payer en argent et en points !

« Il faut être prudent à l'avenir, monsieur... » « Mais c'est une règle à laquelle je m'attache toujours, monsieur l'agent. Il se trouve que je cherchais un établissement, et que je ne me suis même pas rendu compte que je brûlais un feu rouge. » « Nous avons bien vu, monsieur. » Comment ? Vous avez vu que ce n'était pas intentionnel, et vous maintenez cette double punition ?
Il me rendit mes papiers : « Au revoir, monsieur. » Oui, c'est ça ! Au revoir et merci. J'avais une demi-heure de retard à mon rendez-vous.
Le surlendemain, j'avais payé mon amende. Mes parents m'ont avancé les 90,00 ¤, et je les leur ai remboursés progressivement les mois qui ont suivi, en économisant sur mes seules dépenses : cadeaux et sorties.


Le 21 juin, je reçus par lettre recommandée un assemblage de phrases compliquées qui me rappelait dans un premier temps mon crime, un « code susvisé, » quelques alinéas et les peines qui m'ont été infligées. Sympa ! C'est gentil de retourner le couteau dans la plaie ! Puis ils m'indiquent que je suis « dans l'obligation de suivre (...) le stage de sensibilisation à la sécurité routière prévu par l'article L. 223-6. Cette formation vous permettra d'obtenir le cas échéant le remboursement de l'amende (...) et une récupération de points (...). » Je ne sais pas trop que penser de ce papier... Mais pour l'heure, relisons-le une cinquième fois.
Je suis invité à me renseigner par moi-même auprès de ma préfecture concernant ce stage, mais aucune coordonnée ne m'est fournie.

Ayant trouvé plusieurs numéros de téléphone pertinents, je contacte enfin la préfecture de Lille ce mardi 10 juillet. Au bout du cinquième coup de fil, je tombe sur le bon correspondant, représenté dans mon combiné par une voix masculine, aussi cordiale que le serait Eric Zeymour en compagnie de Michaël Youn après leur récent accrochage télévisé. Je demande à Voix Joviale des renseignements sur cette formation. Il me demande si je suis jeune conducteur... Je réponds par l'affirmative ; pour preuve, ma lettre porte la référence 48N, alors voyez.
Monsieur Bonheur m'apprend alors qu'il s'agit d'un stage obligatoire (ça je le savais, merci), sur deux jours consécutifs (et ceux qui bossent, ils l'ont dans l'quoi ?), et surtout onéreux. « Le montant se situe dans une fourchette de 220 à 260 ¤, monsieur. »

Ah ça, pour être onéreux, c'est onéreux, il n'y a pas de doute ! Et moi, je vais le chercher où, cet argent ? Spécifique aux jeunes conducteurs, en plus... c'est-à-dire ceux dont les finances sont encore embryonnaires ! Ils donnent l'illusion dans leur lettre que ce stage permet de recouvrer l'argent perdu, et ils en font dépenser presque trois fois plus ! Mais c'est une arnaque ! C'est un piège ! C'est illicite !

Je n'ai encore aucun salaire à mon actif, bien que j'aie trouvé deux petits boulots qui peuvent me rapporter un peu d'argent... L'un est très mal payé et l'autre exige de moi que je paie entre 150 et 250 ¤ pour pouvoir commencer ! Pas moyen de tirer cet argent de nulle part... J'avais déjà eu de la peine rassembler les fonds pour l'amende... Ils m'assènent un deuxième coup de matraque, et avec d'autant plus de force ! Mon père parle de « double peine, » moi d'une triple, ou encore d'acharnement...


Au départ, je ne savais pas que je commettais une faute. Aujourd'hui, j'ai une ligue administrative et juridique à mes trousses et aucun recours possible. Je sais maintenant ce que c'est que de vivre une situation kafkaïenne.
C'est l'histoire de deux mecs :
- Pour moi, une voiture de flic, c'est comme une boîte de nuit !
- Ah bon, pourquoi ?
- Bah parce que ça fait beaucoup de bruit et des lumières partout, et que dedans y'a des gros pervers qui guettent tes moindres gestes pour pouvoir te baiser !

Ce montage est composé de photographies prises à Prague, sur le lieu de naissance de Franz Kafka, dont j'ai beaucoup aimé mais jamais terminé le Procès.
Merci Etienne pour cette fabuleuse découverte, entre bien d'autres merveilles pragoises.

Kafka
# Posté le mercredi 11 juillet 2007 22:26
Modifié le mercredi 11 juillet 2007 23:04

Ongles de fortune

Ongles de fortune
Drôle d'article, n'est-ce pas, que celui qui est consacré à mes ongles. A l'heure où je vous parle, ils sont encore plus longs que sur cette photo.

Mais pourquoi ? Pourquoi cette extravagance ? Est-ce une rébellion ? D'abord, je préfère que l'on me qualifie d'anticonformiste plutôt que de rebelle (une différence d'intension), mais qu'importe !
Non, très cher Michaël M., je ne crois pas que ce soit le reflet d'une situation familiale particulière, le symbole de la prolongation, tout ça... lol J'ai beaucoup de mal à voir un déterminisme derrière cela. Une nouvelle religion ? Pas plus !
Je ne me suis pas fondu dans la mode gothique, ni n'ai joint de club sado-masochiste. Et ce n'est pas non plus mon admiration pour les Vampires que je pousse à l'extrême.
Soyez tranquilles, je vous assure qu'il n'y a pas de quoi en avoir peur, et pas de quoi me regarder autrement - je suis toujours le même Vianney pour autant que je sache. ^^

A la vérité, l'explication est des plus matérielles : j'ai cessé de me ronger les ongles de façon naturelle et soudaine pour la première fois de ma vie il y a environ deux mois, et comme je ne les ai jamais coupés de ma vie, eh bien je n'y ai rien changé. Ils poussent donc le plus naturellement possible depuis lors. Décevant, hein ? Et j'en ai des tas d'autres comme ça ! La prochaine fois, je vous raconterai pourquoi je n'ai pas changé de caleçon pendant une semaine.
# Posté le mercredi 13 juin 2007 20:56

Mika - Grace Kelly

Rien n'était en sa faveur.

Je déteste le rock anglais. Depuis mon overdose en seconde, je ne peux plus écouter une chanson type rock actuel sans me dire qu'elle ressemble à toutes les autres. Paradoxalement car en dépit de mes études, je n'aime pas les chansons anglophones (à moins qu'elles ne soient extraites d'une comédie musicale ou d'une BO de film...). Les paroles, allez, avouons-le, ne sont pas fantastiquement brillantes. On a fait plus fin depuis Shakespeare.

Mais là, je ne sais pas pourquoi, je suis tombé en amour pour cette chanson qui a fait connaître Mika : Grace Kelly. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai choisi cette chanson ici-bas.
Je suis passionné par sa voix, entraîné par les rythmes, charmé par la mélodie...

J'ai commencé par trouver le clip sur Internet, page enregistrée dans mes favorites, et regardée plusieurs fois par semaine.
Puis un ami que je remercie chaleureusement m'a envoyé quelques chansons de lui... J'ai intégré une vingtaine de copies de Grace Kelly dans ma playlist de sketches de François Pérusse dont j'écoute 30 minutes tous les soirs avant de m'endormir. C'est dire ! Première fois qu'une chanson vient perturber les "Deux minutes du peuple," comme ça s'appelle.

Comme nous partagions cette passion, un autre ami, que je remercie d'autant plus, m'a fait le bonheur de me graver l'album entier de Mika. J'ai rendu fou mes parents avec celui-ci !
J'apprécie chacune des 12 chansons qui le composent. Elles ont toutes une inspiration différente, elles sont toutes d'un style différent, et ça, ça a le don pour me plaire ! Un artiste qui fait preuve d'imagination est digne de son statut d'artiste. Condition nécessaire, mais pas suffisante. Il lui faut également du talent, et du travail. Eh bien il en a fait preuve, je peux vous l'assurer !

Sa voix coupe la mienne, tant je suis béat devant sa performance... Tenez par exemple le couplet de Love Today... il est bluffant ! Mika, à travers la diversité de ses chansons, a également démontré ses capacités de mélodiste, et son génie pour trouver des arrangements décoiffants !
C'est ma passion du moment, mon "Love today," si vous préférez...


# Posté le mardi 05 juin 2007 18:43

Etat critique

Oui, le festival des Enfants de la chimère a démarré sur les chapeaux de roues. Oui, toutes les pièces jouées à ce jour en l'an de grâce 2007 ont été des réussites en qualité ou en entrées.

Mais s'il y en a une qui m'a marqué, et c'est dire si je suis objectif car je ne participais pas à celle-ci, c'est la comédie dramatique de Michel Lengliney, j'ai nommé Etat critique, mise en scène par la brillante France Blondel.

Par la simple qualification de cette pièce de théâtre, « comédie dramatique, » et par mon enthousiasme, vous pouvez deviner la richesse émotionnelle dont le texte seul est pourvu. Eh bien ces sentiments opposés et complémentaires que sont la bonne humeur, l'exaltation, la jalousie, la haine ou l'appréhension, ont été exploités au point que les spectateurs ne pouvaient que les partager, même l'on rie aussi aux dépends du personnage.
Charles Sainte-Beuve est un personnage pratique pour cela : extrêmement lunatique, la rupture entre un état d'esprit et un autre est si soudaine qu'elle parait déraisonnablement naturelle à l'extraordinaire interprète de ce rôle de taille, Alexandre Lhomme, sans arrêt à la quête d'une difficulté supérieure, comme s'il n'avait déjà fait ses preuves dans la troupe depuis bien longtemps.

Vous noterez que je veille, pour une fois, à être concis. J'aurais pu cependant m'extasier sur bien d'autres paragraphes en détaillant, le jeu très fin de Sophie Lamblin en mère poule étouffante, la fabuleuse performance de Delphine Ménart en bonne éprise de Sainte-Beuve qui parvient dans une grande vraisemblance à nous faire rire et pleurer au fur et à mesure de la pièce, j'aurais pu également m'étaler en éloges à propos de la pièce, fine, exquise, prenante, et de la mise en scène, rôdée, parfaite, vivante...

En dépit de la mise en scène géniale de Matthieu Catteau sur Noces de sable, ainsi que le très bon jeu des comédiens sur Cravate club, Si je peux me permettre et Noces de sable, c'est bien Etat critique que je place en tête de mon top-five du festival 2007.


-- photo à venir --
# Posté le lundi 04 juin 2007 07:38

Montage "Gargouille"

Montage "Gargouille"
# Posté le dimanche 15 avril 2007 19:10